Open data: citoyenneté et économie sont-ils antinomiques ?



Publiés il y a une semaine, les deux derniers articles sur le thème de l’open data : l’Open data comme mode et un comparatif des portails Open data des gouvernements américains, anglais et français, ont valu à ce blog un grand nombre de visites.
Parmi les différentes retombées et reprises que j’ai vu passer, quelques tweets reprochaient l’antinomie faite entre citoyenneté et économie sur le sujet Open Data.
J’ai fait de cette réaction (de 140 caractères), le sujet de cet article pour ouvrir le débat.

L’open data permet l’innovation

L’innovation est un argument essentiel des discours en faveur du développement de l’open data. Certes, avec l’ouverture des données publiques, le développement d’applications est facilité. Certes, ces services marchands ou non, permettent d’accroître une activité économique. Certes, les applications peuvent apporter un véritable service au citoyen qu’un acteur publique ne serait pas capable de fournir en terme de ressources humaines et financières. En témoigne des projets tels que : handimap.org ou Parking Guru. Mais faut-il pour autant prêter à l’open data un tel pouvoir progressiste permettant de résoudre tous les problèmes socio-économiques et d’injecter au sein de la société française un élan démocratique et participatif ?

« On contribue à la transparence du fonctionnement des institutions, d’un état, d’une collectivité, et en rendant accessible l’ensemble de ces informations – c’est ça la transparence – on peut également les réutiliser et fabriquer des services à partir de l’ensemble de ces données ; et c’est ça qui crée de l’activité. »
Séverin Naudet (dirigeant d’Etalab) sur France Culture

Un bluff ou une utopie ?

« Innovation », « transparence » et « démocratie » sont les trois notions-clés que l’on retrouve dans tous les discours, politiques ou non, en faveur de l’open data.
Les notions de « transparence » et de « démocratie » proviennent des premiers projets open data, développés par des associations citoyennes oeuvrant pour la démocratie et la coopération citoyenne. Que ce soit pour TheyWorkForYou.com (au Royaume-Uni), GovTrack.us (aux Etats-Unis) ou encore Nosdéputés.fr (en France), trois projets citoyens précurseurs du mouvement open data, les données publiques disponibles sont exploitées et éditorialisées pour informer le grand public du travail effectif de leurs représentants politiques. Ces trois projets ont en commun la volonté de rendre plus transparent le fonctionnement de l’Etat et de faire participer plus largement les citoyens au contrôle des politiques. Ces projets open data s’inscrivent dans les mouvements « open » qui intègrent des idéaux démocratiques et égalitaristes : tout le monde peut accéder et réutiliser les données. L’organisation horizontale doit prendre le pas sur l’organisation traditionnellement verticale.

Les discours face aux usages

Dans les faits, les données publiques brutes doivent être interprétées et mises en forme pour être véritablement « utiles aux citoyens ». Or, des compétences en informatique sont nécessaires, mais aussi des compétences d’analyse, d’interprétation, de contextualisation et de recoupement. L’open data n’est pas accessible à tous le monde. Des intermédiaires sont nécessaires pour expliciter les données, élaborer des applications innovantes ou non, citoyennes ou non. L’open data n’améliore donc pas la démocratie, le pouvoir n’est pas au peuple, mais à ceux qui ont l’information et savent la traiter. Certains intermédiaires, tels que Regards Citoyens ou LiberTIC œuvrent pour rendre les données publiques (vraiment) accessibles au plus grand nombre.
Bien que les retours d’usages soient encore peu nombreux, les portails open data tant gouvernementaux que des collectivités territoriales peinent à engranger la réexploitation des données publiques mises en ligne. Problème de promotion dû au manque de coordination des projets publics open data (du moins en France) ? Les concours visant à favoriser la création d’applications à partir de données publiques se multiplient afin de réaffirmer le caractère « innovant » de l’open data et de légitimer les dépenses engagées dans la création d’un portail open data, la collecte des données et leur mise en ligne en format ouvert.

L’open data : innovation citoyenne, innovation sociale, innovation économique, ou les 3 ?
Qu’en pensez-vous ?

À propos Anne-Sophie Boyer
"L'état normal d'un homme est d'être un original" Tchékov

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