1996 – 2012 : « FN souffrance… »


Depuis le 22 avril, nombre d’articles pullulent sur la Toile, s’interrogeant, s’insurgeant sur le score du Front National au premier tour des Élections Présidentielles. Encore un, allez vous me dire. Je pourrais m’insurger, oui. Mais c’est surtout sur ce mouvement de fond que tout le monde croit surprenant et structurelle qui m’interroge. Et encore plus la réaction ou non-réaction qu’il provoque.
Je m’explique.

1997 : une manifestation d’envergure contre le FN (30 à 50 000 personnes) a lieu à Strasbourg, ville qu’a choisi Jean-Marie Le Pen pour le Congrès national de son Parti. Cette manifestation est organisée notamment par le Mouvement Ras l’Front, qui depuis a disparu de la circulation. Une page web existe encore mais elle n’a pas été remise à jour depuis 2011, alors que c’est un peu l’heure les gars!
C’est aussi l’époque où Noir Désir sort Un Jour en France (novembre 1996) : « On devra encore imprimer le rêve de l’égalité, on ne devra jamais supprimer celui de la fraternité ».

2002 : Jean-Marie Le Pen passe au deuxième tour des Elections Présidentielles face à Jacques Chirac. Les jours suivants de nombreuses manifestations ont lieu à travers toute la France à l’appel surtout d’associations, de syndicats et de partis de gauche. Les artistes s’engagent également, à l’image de Saez qui met en ligne sa chanson Fils de France dès le soir des résultats du premier tour : « 20% pour l’horreur, 20% pour la peur. Ivre d’inconscience, nous sommes tous fils de France »

Maintenant, ivre de cette mobilisation nationale, d’une vibration telle d’unité Black, Blanc, Beur rappelant ce soir de Victoire de l’équipe de France à la Coupe du Monde 1998, où tout le monde regardait dans le même sens, effaçant les différences le temps d’une soirée, où est passé cette effusion depuis 2002 ?

Le vote utile est devenu un diktat pour « éviter un 21 avril [2002] ». La démocratie s’est contractée sur deux grands partis pour ne pas avoir à vivre un deuxième tour avec le FN. Les petits partis ne servent à rien et le FN, bouchons nous les yeux et fermons les oreilles, dans le pays des droits de l’Homme et de la tolérance, ce parti n’existe pas.

2012 : A force de mettre le couvercle, voici la cocotte qui explose. Les mouvements contre le FN ont disparu, les propos politiques contre le FN se sont adoucis, les journalistes même deviennent bienveillant envers la candidate de ce parti, là où 10 ans auparavant, ils défiaient son père. Le Bleu Marine s’est banalisé, institutionnalisé tout au long de cette campagne présidentielle. Personne ne s’est étonné, voire insurgé, des résultats de Marine Le Pen dans les sondages. Que personne ne dise que son score est une surprise.
Les artistes se sont-ils mobilisés cette année ? A ma connaissance, aucun grand groupe ne s’insurge. Seule une chanson m’est parvenue aux oreilles, mise en ligne avant les élections, j’en remercie S. L., de Melissmell,une artiste engagée que je ne connaissais pas auparavant.

Et aujourd’hui, à l’heure de l’entre deux tours, comment traite-t-on le FN ? De tous les commentaires politiques et interviews que j’ai lu ou entendu, on tend à institutionnaliser de plus en plus ce parti. Et le PS, encore plus l’UMP, entrent dans le jeu et les sujets soulevés par le FN, là où j’estime que ce serait à eux, à leurs militants, de mobiliser, sensibiliser, démontrer que l’intolérance n’est pas une solution pour le vivre ensemble, pour la société et pour la France.
Il faut crever cet abcès gonflé par des discours stigmatisant, par la peur et par un ras-le-bol généralisé. Les partis ne l’entendent pas comme ça, les syndicats se prononcent peu, les associations sont quasi-inexistantes… Et pourtant une majorité de Français ne vote pas FN, s’interroge individuellement… Triste France !

À propos Anne-Sophie Boyer
"L'état normal d'un homme est d'être un original" Tchékov

2 Responses to 1996 – 2012 : « FN souffrance… »

  1. iksg dit :

    « Nous sommes noirs, nous sommes blancs, nous sommes jaunes et ensemble nous sommes de la dynamite ! » Bérurier Noir (Porcherie – 1989) => http://www.youtube.com/watch?v=ce1RseAVOog

  2. bkissline dit :

    Belle réflexion! Moi j’ai bien peur du sentiment de ras de bol qui pousse les gens à voter davantage pour l’image cathodique d’un personnage politique que pour un programme solide qui nous permettrait de répondre aux problématiques que notre société rencontre. Le marketing politique, te rappelles-tu de ce qu’on voyait en DUT?🙂

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