Syrie : une situation inextriquable


J’ai longtemps repoussé l’écriture d’un article sur la Syrie, bien qu’un brouillon soit en attente depuis plus d’un an. Je n’ai pas voulu me mêler aux discours peu distanciés sur une situation politique et diplomatique plus que complexe. Pourtant, j »ai eu la chance de mener une étude sur la Syrie, sa géopolitique et son système médiatique, j’ai eu la chance d’avoir des amis syriens, et j’ai eu la chance de partir à la rencontre de ce pays, qui est devenu, l’un de mes pays de cœur. C’est pourquoi cet article et ceux qui lui feront suite consacrés à la Syrie se proposent de donner une autre regard sur ce pays qui souffre de son image.

Une mosaïque

La Syrie est telle une mosaïque : si l’on regarde les pierres une à une, il n’y a rien d’exceptionnelle, si on  on prend du recul là apparaît l’agencement original qui révèle toute sa beauté. Ce pays est constitué de nombreuses communautés ethniques et confessionnelles, telle des pierres qui s’agencent pour créer un ensemble relativement harmonieux.

Sunnites, chiites (alaouites et druzes), catholique, apostolique, protestant, etc. sont les composants de cette mosaïque. Le régime de Bashar Al Assad est le garant de ce vivre-ensemble. Pourtant, il est vrai que le pouvoir est au main des Alaouites qui ne représentent que 11% de la population syrienne, alors que 74% de la population est sunnites.

Qui est légitime ?

D’où l’envie, et une certaine légitimité, des sunnites de reprendre le pouvoir. Or les communautés minoritaires, les chrétiens et les chiites surtout, voient d’un mauvais œil cette revendication. C’est pourquoi le régime de Bashar Al Assad est encore très soutenu. En effet, selon les minorités, la venue au pouvoir des sunnites supprimerait totalement leurs droits et serait corrélée à l’instauration de la charia dans un pays qui se veut laïque. Une autre peur des pro-Al Assad est la manipulation des pays étrangers et notamment de l’Arabie Saoudite, pays également sunnite et qui est soupçonné de soutenir financièrement les rebelles.

Dans un front contre l’Arabie Saoudite, l’Iran chiite soutient le régime actuel syrien ; ce qui contribue à inquiéter les puissances occidentales, notamment les Etats-Unis. L’Iran et la Syrie sont les héritiers d’une relation privilégiée avec la Russie développée pendant la guerre froide. Les relations avec la Russie sont d’autant plus ténues que les Etats-Unis mènent un embargo sur la Syrie depuis plusieurs années. En effet, la Syrie a été impliquée dans le conflit contre Israël, elle soutient de loin le Hezbollah, elle a occupé le Liban jusqu’en 2005. L’embargo économique permet au Etats-Unis de maintenir une pression diplomatique sur Damas.

La peur de l’embrasement

Les pays occidentaux sont réticents à intervenir militairement en Syrie, pays longtemps considéré comme le plus stable du Moyen-Orient. Une intervention militaire risquerait d’embraser toute la région (Liban, Israël, Syrie, Iran, Arabie Saoudite…). La relation pacifiée de la Syrie avec Israël, après un accord de non-agression, est aussi un argument pour ne pas intervenir. En effet, Israël considère qu’elle serait davantage menacée par un gouvernement sunnite qui réanimerait les revendications palestiniennes de l’extérieur.

La victime c’est toujours l’humain

La situation géopolitique décrite de manière succincte et simpliste témoigne de la difficulté à juger la situation syrienne. D’autant plus que notre jugement est souvent unilatéral empreint d’une vision occidentale. Or, et c’est ce qui est le moins aisé dans les conflits, personne n’a totalement tord, personne n’a totalement raison. Il n’y a ni bon ni méchant, puisque cette vision subjective dépend du regard qu’on adopte.

Nos diplomates de l’ONU qui se croient grand décisionnaire du monde devrait pourtant garder une chose à l’esprit : un conflit n’est pas uniquement politique ni économique, il est surtout humain. Toutes les décisions ou non-décisions prises ont une conséquence sur la population syrienne obligée de se débrouiller malgré l’embargo économique, malgré la peur, malgré les attentats des deux parties, au milieu d’un conflit qu’elle ne souhaite pas, afin de survivre au quotidien.

À propos Anne-Sophie Boyer
"L'état normal d'un homme est d'être un original" Tchékov

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