La faim prémice des révolutions ?

Les révolutions arabes de 2011 sont bien souvent considérées comme soudaines, inattendues et imprévisibles. Le temps permettra de prendre la distance nécessaire pour analyser ces mouvements populaires et leurs racines.

Des signes avant-coureurs d’un ras-le-bol populaire et d’un besoin de changement sont pourtant survenue au cours des années 2000 sans que les discours médiatiques occidentaux de l’époque ne les mettent vraiment en lumière ou en analysent les tenants et aboutissants. Parmi eux, les émeutes de la faim du printemps-été 2008, très importantes notamment en Egypte.

En un mois, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 36% en Egypte. Des appels à la grève générale contre la vie chère sont lancées malgré la menace répressive de la dictature d’Hosni Moubarak. « Cela a toujours été difficile, mais là, c’est le désespoir », rapporte le JDD dans un article paru le 13 avril 2008.

Désespoir qui mène dans la rue une grande partie de la population criant son exaspération bien plus forte que la menace d’une répression sanglante. Dès lors, l’opposition au régime dictatorial se dessinait, la population pouvait braver sa peur et faire face à la répression. La Révolution n’a pas eu lieu cet été là, mais la brèche a été ouverte.

L’analyse des révolutions arabes se fait souvent en comparaison de la révolution française. Comme en 1789 où la Révolution a débuté en raison de la hausse du prix du blé et du pain, les révolutions arabes ont elle aussi germé lors des manifestations dénonçant la hausse du prix de la vie. Comme en France, elles ont été réprimées avec violence et ont menées à une accalmie contrainte et forcée. Pourtant l’air du changement et de l’espoir avait soufflé…

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Cet article fait suite à la conférence de Gilles Keppel « The Arab revolution at stake an eyewitness account » le 30 avril 2013 à l’Université d’Edimbourg

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Syrie : une révolution en otage

De la population déshéritée et des classes moyennes supérieures exaspérées par la corruption, c’est de là que sont partis tous les mouvements révolutionnaires du Monde Arabe. De même en Syrie.

La révolution syrienne a pourtant dépassé la révolte populaire. Elle a été prise en otage par des puissances extérieures qui en ont fait le théâtre d’un conflit où les enjeux économiques et politiques internationaux sont majeurs.

La Syrie est devenu le cœur du conflit entre sunnite et chiite

L’Iran (perse et chiites) et la population chiites sont considérés comme des ennemis par les pays arabes sunnites qui essayent par tous les moyens d’endiguer la prolifération des gouvernements chiites au sein du monde arabe, pour ne pas renforcer la puissance iranienne. L’écrasement de la révolution de Bahreïn par les troupes saoudiennes, en février 2011, en est un exemple.

De manière simpliste et schématique, le jeu des rapprochements d’intérêts oppose deux coalitions :

  •           D’un côté, les pays exportateurs de pétrole, comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, souhaitant garder le contrôle de l’or noir, les pays occidentaux dépendant énergétiquement et économiquement de l’OPEP (on l’a bien vu en 1975), Israël qui craint l’extrémisme anti-israëllien de l’Iran, du Hezbollah, du Hamas à ses frontières.
  •           De l’autre côté, l’Iran, l’Irak, la Syrie et  le Hezbollah présent au  Sud du Liban font front contre la suprématie sunnite, les blocus économiques, l’ingérence internationale, soutenus dans une moindre mesure par la Russie (lors de la guerre froide, l’URSS était un allié de la Syrie et de l’Iran) et la Chine.

Quelle rançon sera à payer pour libérer la Syrie de ce poids international ? La population syrienne, elle, paye le prix chaque jour…

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Cet article fait suite à la conférence de Gilles Keppel « The Arab revolution at stake an eyewitness account » le 30 avril 2013 à l’Université d’Edimbourg

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